mercredi 28 novembre 2007

Le Chat qui allait son chemin tout seul

Rudyard KIPLING

Histoires comme ça.
Traduit par Jean Esch et André Divault.

Ois, écoute et entends bien ; car ceci advint, ceci survint, devint et fut,ô ma Mieux-Aimée, à une époque où les animaux Apprivoisés étaient sauvages.Le Chien était sauvage, le Cheval était sauvage, la Vache était sauvage, leMouton était sauvage, le Cochon était sauvage, sauvages autant qu'il estpossible d'être sauvage, et ils allaient sauvages et solitaires par les BoisHumides et Sauvages. Mais le plus sauvage de tous les animaux sauvages,c'était le Chat. Il allait son chemin tout seul, et pour lui tous lesendroits se valaient.Bien sûr l'Homme était sauvage lui aussi. Il était sauvage à faire peur. Ilne commença vraiment à s'apprivoiser que lorsqu'il rencontra la Femme, ellelui dit qu'elle ne voulait pas vivre comme une sauvage. Elle dénicha pours'y coucher, au lieu d'un tas de feuilles humides, une jolie Caverne sèche,puis elle répandit du sable propre sur le sol ; elle alluma un bon feu debois au fond de la Caverne ; elle suspendit une peau de cheval sauvageséchée, la queue en bas, devant l'entrée de la Caverne, puis elle dit :« Essuie tes pieds quand tu rentres, mon chéri. Désormais nous allons avoirun foyer. »Ce soir-là, ma Mieux-Aimée, ils mangèrent du mouton sauvage rôti sur lespierres chaudes, assaisonné d'ail sauvage et de poivre sauvage ; et ducanard sauvage farci de riz sauvage et de fenugrec sauvage et de coriandresauvage ; et des os à moelle de boeuf sauvage, des cerises sauvages et despassiflores sauvages. Puis l'Homme s'endormit devant le feu, très heureux,mais la Femme resta éveillée à peigner ses cheveux. Elle prit l'os del'épaule de mouton, la grande omoplate toute plate et en examina lesmagnifiques marques, puis elle ajouta du bois dans le feu et fit une Magie.Elle fit la Première Magie Chantante au monde.Dehors, dans les Bois Humides et Sauvages, tous les animaux sauvagess'assemblèrent là où ils pouvaient voir la lumière du feu à grande distanceet ils se demandèrent ce que cela signifiait.Alors Cheval Sauvage piaffa avec son sabot sauvage et dit :« Ô mes Amis, ô mes Ennemis, pourquoi l'Homme et la Femme ont-ils fait cettegrande lumière dans cette grande Caverne, et que devons-nous redouter ? »Chien Sauvage leva son museau sauvage et renifla l'odeur du mouton rôti etdit :« Je vais aller voir et regarder et dire ; car ça me semble bon. Chat, viensavec moi.- Nenni ! dit le Chat. Je suis le Chat qui va son chemin tout seul et pourmoi tous les endroits se valent. Je n'irai pas.- Alors c'en est fini de notre amitié », dit Chien Sauvage.Et il trottina jusqu'à la Caverne. Mais à peine était-il parti que le Chatse dit : « Pour moi tous les endroits se valent. Pourquoi n'irais-je pas moiaussi voir et regarder puis repartir à ma guise ? » Donc il suivit ChienSauvage doucement, tout doucement, et il se cacha là où il pouvait toutentendre.Lorsque Chien Sauvage atteignit l'entrée de la Caverne, il souleva avec sonmuseau la peau de cheval séchée et renifla la bonne odeur du mouton rôti. Etla Femme, regardant l'omoplate, l'entendit, et rit et dit :« Voici le premier. Chose Sauvage des Bois Sauvages, que veux-tu ? »Chien sauvage dit :« 0 mon Ennemie et Femme de mon Ennemi, qu'est-ce qui sent si bon dans lesBois Sauvages ? »Alors la Femme prit un os de mouton rôti et le jeta à Chien Sauvage et dit :« Chose Sauvage des Bois Sauvages, goûte et essaye. »Chien Sauvage rongea l'os et c'était plus savoureux que tout ce qu'il avaitgoûté jusqu'alors, et il dit :« 0 mon Ennemie et Femme de mon Ennemi, donne-m'en un autre. »La Femme dit :« Chose Sauvage des Bois Sauvages, aide mon Homme à chasser la journée etgarde cette Caverne la nuit, et je te donnerai autant d'os rôtis que tuvoudras.Ah ! dit le Chat tout ouïe. Voici une Femme très maligne, mais pas aussimaligne que moi. »Chien Sauvage entra en rampant dans la Caverne et posa sa tête sur lesgenoux de la Femme et dit :« Ô mon Amie et Femme de mon Ami, j'aiderai ton Homme à chasser la journéeet la nuit je garderai ta Caverne.- Ah ! dit le Chat tout ouïe. Voilà un Chien bien stupide. »Et il repartit dans les Bois Humides et Sauvages en agitant sa queuesauvage, s'en allant solitaire et sauvage. Mais il ne raconta rien àpersonne.Quand l'Homme se réveilla, il dit :« Que fait donc ici Chien Sauvage ? »Et la Femme dit :« Il ne s'appelle plus Chien Sauvage mais le Premier Ami, car il sera notreami pour toujours et à jamais. Prends-le avec toi lorsque tu iras à lachasse. »Le soir suivant, la Femme coupa de grandes brassées d'herbe verte dans lesnoues qu'elle fit sécher devant le feu, et cela sentait le foin fraîchementcoupé, et elle s'assit à l'entrée de la Caverne et tressa un licol en cuirde cheval et regarda l'os de l'épaule de mouton, la grosse et large omoplatetoute plate, et fit une Magie. Elle fit la Seconde Magie Chantante au monde.Là-bas dans les Bois Sauvages, tous les animaux sauvages se demandaient cequ'il était advenu de Chien Sauvage, et à la fin, Cheval Sauvage tapa dupied et dit :« Je vais aller voir et rapporter pourquoi Chien Sauvage n'est pas revenu.Chat, viens avec moi.- Nenni, dit le Chat. Je suis le Chat qui va son chemin tout seul et pourmoi tous les endroits se valent. »Mais il suivit malgré tout Cheval Sauvage, doucement, tout doucement, et ilse cacha là où il pouvait tout entendre.Quand la Femme entendit Cheval Sauvage broncher et trébucher sur sa longuecrinière, elle rit et dit :« Voici le second. Chose Sauvage des Bois Sauvages, que veux-tu ? »Et Cheval Sauvage dit :« Ô mon Ennemie et Femme de mon Ennemi, où est Chien Sauvage ? »La Femme rit, ramassa l'omoplate, la regarda et dit :« Chose Sauvage des Bois Sauvages, tu n'es pas venue pour Chien Sauvage,mais pour cette bonne herbe. »Et Cheval Sauvage, qui bronchait et trébuchait sur sa longue crinière, dit :« C'est vrai. Donne-m'en à manger. »Et la Femme dit :« Chose Sauvage des Bois Sauvages, courbe ta tête sauvage et porte ce que jete donne, et tu mangeras cette herbe merveilleuse trois fois par jour.- Ah ! dit le Chat tout ouïe. Voici une Femme très habile, mais pas aussihabile que moi. »Cheval Sauvage courba sa tête sauvage et la Femme glissa autour le licol decuir tressé, et Cheval Sauvage souffla sur les pieds de la Femme et dit :« Ô ma Maîtresse et Femme de mon Maître, je serai ton serviteur pour avoirde l'herbe merveilleuse.- Ah ! dit le Chat tout ouïe. Voilà un Cheval bien stupide. »Et il repartit dans les Bois Humides et Sauvages en agitant sa queuesauvage, s'en allant solitaire et sauvage. Mais il ne raconta rien àpersonne.Quand l'Homme et le Chien rentrèrent de la chasse, l'Homme dit :« Que fait Cheval Sauvage ici ? »Et la Femme dit :« Il ne s'appelle plus Cheval Sauvage mais le Premier Serviteur, car il nousportera de-ci de-là pour toujours et à jamais. Monte sur son dos quand tuiras à la chasse. »Le lendemain, tenant sa tête sauvage bien droite pour que ses cornessauvages ne se prennent pas aux branches des arbres sauvages, Vache Sauvagese rendit à la Caverne et le Chat la suivit et il se cacha commeprécédemment et tout se déroula comme précédemment et le Chat dit les mêmeschoses que précédemment ; et quand Vache Sauvage eut promis à la Femme delui donner chaque jour son lait en échange de l'herbe merveilleuse, le Chatrepartit dans les Bois Humides et Sauvages en agitant sa queue sauvage, s'enallant solitaire et sauvage comme précédemment. Mais il n'en parla jamais àpersonne. Et quand l'Homme, le Cheval et le Chien revinrent de la chasse etposèrent les mêmes questions que précédemment, la Femme dit :« Elle ne s'appelle plus Vache Sauvage mais la Donneuse de Bonne Nourriture.Elle nous donnera du bon lait blanc bien chaud pour toujours et à jamais etje m'occuperai d'elle pendant que toi, le Premier Ami et le PremierServiteur vous serez à la chasse. »Le lendemain, le Chat attendit de voir si une autre Chose Sauvage irait à laCaverne, mais personne ne bougea dans les Bois Humides et Sauvages, alors leChat s'y rendit tout seul, et il vit la Femme qui trayait la Vache, et ilvit la lumière du feu dans la Caverne et il sentit l'odeur du bon lait blancbien chaud.Chat dit :« Ô mon Ennemie et Femme de mon Ennemi, où Vache Sauvage est-elle partie ? »La Femme rit et dit :« Chose Sauvage des Bois Sauvages, retourne dans les Bois car j'ai tressémes cheveux et j'ai rangé l'omoplate magique et nous n'avons plus besoind'amis ni de serviteurs dans notre Caverne. »Chat dit :« Je ne suis pas un ami et je ne suis pas un serviteur. Je suis le Chat quiva son chemin tout seul et je désire entrer dans ta Caverne. »La Femme dit :« Alors pourquoi n'es-tu pas venu avec Premier Ami le premier soir ? »Chat se fâcha très fort et dit :« Chien Sauvage a-t-il raconté des histoires sur moi ? »Alors la Femme rit et dit :« Tu es le Chat qui va son chemin tout seul et pour toi tous les endroits sevalent. Tu es ni un ami ni un serviteur. Tu l'as dit toi-même. Va-t'en, vaseul ton chemin dans tous les lieux qui se valent . »Alors Chat fit mine d'être peiné et dit :« Ne pourrai-je donc jamais entrer dans la Caverne ? Ne pourrai-je jamaism'asseoir près du feu si chaud ? Ne pourrai-je jamais boire le bon laitblanc bien chaud ? Tu es très maligne et très belle. Tu ne devrais pas êtresi cruelle, même envers un Chat. »La Femme dit :« Je savais que j'étais maligne, mais j'ignorais que j'étais belle. Je vaisdonc conclure un marché avec toi. Si jamais je prononce un seul mot à talouange, tu pourras entrer dans la Caverne.- Et si tu en prononces deux ? dit le Chat.- Cela n'arrivera pas, dit la Femme. Mais si je prononce deux mots à talouange, tu pourras t'asseoir près du feu dans la Caverne.Et si tu en prononces trois ? dit le Chat.- Cela n'arrivera pas, dit la Femme. Mais si je prononce trois mots à talouange, tu pourras boire le bon lait blanc bien chaud trois fois par jourpour toujours et à jamais. »Alors le Chat fit le gros dos et dit :« Que le Rideau à l'entrée de la Caverne et le Feu au fond de la Caverne etles pots à lait posés près du feu se souviennent de ce qu'a dit mon Ennemieet la Femme de mon Ennemi. »Et il partit dans les Bois Humides et Sauvages en agitant sa queue sauvage,s'en allant solitaire et sauvage.Ce soir-là, quand l'Homme, le Cheval et le Chien rentrèrent de la chasse, laFemme ne leur parla pas du marché qu'elle avait conclu avec le Chat car ellecraignait que cela ne leur plût pas.Chat partit loin, très loin se cacher dans les Bois Humides et Sauvages,solitaire et sauvage, pendant longtemps, jusqu'à ce que la Femme l'aitoublié. Seule la petite Chauve-Souris suspendue la tête en bas à l'intérieurde la Caverne, seule Chauve-Souris savait où se cachait Chat ; etChauve-Souris chaque soir volait annoncer les nouvelles à Chat.Un soir, Chauve-Souris dit :« Il y a un Bébé dans la Caverne. Il est tout neuf, tout rose, petit etdodu, et la femme en raffole.- Ah ! dit le Chat tout ouïe. Mais le Bébé, de qui raffole-t-il ?- Il raffole de choses douces et qui chatouillent, dit la Chauve-Souris. Ilraffole de choses chaudes à tenir dans ses bras lorsqu'il s'endort. Ilraffole qu'on joue avec lui. Il raffole de tout ça.- Ah ! dit le Chat tout ouïe. Alors mon heure est venue. »La nuit suivante, Chat traversa les Bois Humides et Sauvages et se cachatout près de la Caverne jusqu'au matin lorsque Homme, Chien et Chevalpartirent à la chasse. La Femme faisait la cuisine ce matin-là et le Bébépleurait et la dérangeait. Alors, elle le porta hors de la Caverne et luidonna une poignée de cailloux pour jouer. Mais le Bébé continua à pleurer.Alors, le Chat avança sa patte et caressa la joue du Bébé qui se mit àgazouiller, et le Chat se frotta contre ses genoux dodus et de sa queue lechatouilla sous son menton dodu. Et le Bébé rit ; et la Femme l'entendit etsourit.Alors la Chauve-Souris, la petite Chauve-Souris suspendue la tête en bas,dit :« 0 mon Hôtesse, Femme de mon Hôte et Mère du Fils de mon Hôte, une ChoseSauvage des Bois Sauvages joue très joliment avec votre Bébé.- Bénie soit cette Chose Sauvage quelle qu'elle soit, dit la Femme en seredressant, car je suis une femme très occupée ce matin et elle m'a renduservice. »A la minute et à la seconde même, ma Mieux-Aimée, le Rideau en peau decheval séchée qui pendait la queue en bas à l'entrée de la Caverne, tomba -vlan ! - car il se souvenait du marché conclu avec le Chat ; et lorsque laFemme alla le ramasser, voila-t-il pas que le Chat était confortablementinstallé à l'intérieur de la Caverne.« Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi et Mère de mon Ennemi, dit le Chat.C'est moi, car tu as prononcé un mot à ma louange et désormais je peuxrester dans la Caverne pour toujours et à jamais. Mais je suis encore leChat qui va son chemin tout seul et pour moi tous les endroits se valent. »La Femme était très en colère, elle serra les lèvres et prit son rouet et semit à filer.Mais le Bébé pleurait car le Chat était parti et la Femme ne parvenait pas àle faire taire ; il se débattait et gigotait et devenait tout noir.« Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi et Mère de mon Ennemi, dit le Chat.Prends un bout du fil que tu files, attache-le à ton fuseau et fais-letraîner par terre, je te montrerai une Magie qui fera rire ton Bébé aussifort qu'il pleure en ce moment.- Je vais le faire, dit la Femme, car je suis à bout de nerfs, maisn'attends pas de remerciements. »Elle attacha le fil au petit fuseau d'argile et le fit traîner sur le sol,et alors le Chat courut après, et donna des coups de patte, et fit desculbutes, et l'envoya en arrière par-dessus son épaule, et le poursuivitentre ses pattes de derrière, et fit semblant de le perdre, et se jeta denouveau dessus jusqu'à ce que le Bébé se mette à rire aussi fort qu'il avaitpleuré et à courir à quatre pattes après le Chat en faisant le fou à traversla Caverne, jusqu'à tomber de fatigue et s'endormir avec le Chat dans lesbras.« Maintenant, dit le Chat, je vais chanter au Bébé une chanson qui le feradormir pendant une heure. »Et il se mit à ronronner tout fort et tout bas, tout bas et tout fort,jusqu'à ce que le Bébé s'endormît. La Femme sourit en les voyant tous lesdeux et dit :« Voilà qui est très bien. Aucun doute, tu es très habile, ô Chat. »A la minute et à la seconde même, ma Mieux-Aimée, la fumée du Feu au fond dela Caverne descendit en nuages de la voûte - pouf ! - car il se souvenait dumarché conclu avec le Chat ; et lorsqu'elle se dissipa, voila-t-il pas quele Chat était confortablement installé près du feu.« 0 mon Ennemie, Femme de mon Ennemi et Mère de mon Ennemi, dit le Chat.C'est moi, car tu as prononcé une seconde parole à ma louange et désormaisje peux m'asseoir près du feu si chaud au fond de la Caverne pour toujourset à jamais. Mais je suis encore le Chat qui va son chemin tout seul et pourmoi tous les endroits se valent. »La Femme était très très en colère, elle défit ses cheveux et remit du boisdans le feu et sortit la large omoplate de l'épaule de mouton et se mit àfaire une Magie qui devait l'empêcher de prononcer un troisième mot à lalouange du Chat. Ce n'était pas une Magie Chantante, ma Mieux-Aimée, c'étaitune Magie Silencieuse et peu à peu la Caverne devint si silencieuse qu'unepetite souris minuscule sortit d'un coin et traversa la Caverne en courant.« Ô Ennemie, Femme de mon Ennemi et Mère de mon Ennemi, dit le Chat. Cettepetite souris fait-elle partie de ta Magie ?- Oh non ! Sûrement pas ! » dit la Femme.Et elle laissa tomber l'omoplate et sauta sur le tabouret devant le feu etelle rattacha rapidement ses cheveux, de peur que la souris n'y grimpât.« Ah ! dit le Chat aux aguets. Alors la souris ne me fera aucun mal si je lamange ?- Non, dit la Femme en rattachant ses cheveux. Mange-la vite et je t'enserai à jamais reconnaissante. »D'un bond, Chat attrapa la petite souris et la Femme dit :« Mille fois merci. Premier Ami lui-même n'est pas aussi rapide que toi pourattraper les petites souris. Tu es certainement très habile. »A la minute et à la seconde même, ô ma Mieux-Aimée, le Pot à Lait qui setrouvait près du feu se fendit en deux - ffftt ! - car il se souvenait dumarché conclu avec le Chat, et lorsque la Femme sauta du tabouret,voila-t-il pas que le Chat lapait le bon lait blanc bien chaud resté dansl'un des morceaux brisés.« Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi et Mère de mon Ennemi, dit le Chat.C'est moi, car tu as prononcé un troisième mot à ma louange et désormais jepeux boire le bon lait blanc bien chaud trois fois par jour pour toujours età jamais. Mais je suis encore le Chat qui va son chemin tout seul et pourmoi tous les endroits se valent. »Alors la Femme rit et déposa devant le Chat un bol de bon lait blanc bienchaud et dit :« Ô Chat, tu es aussi habile qu'un homme, mais souviens-toi que notre marchéne fut conclu ni avec l'Homme ni avec le Chien, et j'ignore ce qu'ils ferontlorsqu'ils rentreront.- Que m'importe, dit le Chat. Du moment que j'ai ma place dans la Caverneprès du feu et mon bon lait blanc bien chaud trois fois par jour, je memoque de l'Homme et du Chien. »Ce soir-là, quand l'Homme et le Chien revinrent à la Caverne, la Femme leurraconta toute l'histoire du marché, tandis que le Chat souriait, assis aucoin du feu. Alors l'Homme dit :« Oui, mais ce n'est pas avec moi qu'il a conclu un marché, ni avec tous lesHommes après moi. »Puis il retira ses bottes en cuir, il prit sa petite hache de pierre (ce quifait trois) et il alla chercher un morceau de bois et une hachette (ce quifait cinq); et il les aligna devant lui et dit :« Maintenant, à nous deux de conclure un marché ! Si tu n'attrapes pas lessouris alors que tu seras toujours et toujours et toujours dans la Caverne,je te jetterai ces cinq objets chaque fois que je te verrai, et ainsi feronttous les autres Hommes après moi.- Ah! dit la Femme tout ouïe. C'est un Chat habile, mais il n'est pas aussihabile que mon Homme. »Le Chat compta les cinq objets (et ils avaient l'air très bosselés) et ildit :« J'attraperai les souris tant que je serai dans la Caverne pour toujours età jamais, mais je suis encore le Chat qui va son chemin tout seul et pourmoi tous les endroits se valent.- Pas tant que je suis là, dit l'Homme. Si tu n'avais pas dit ces derniersmots, j'aurais rangé ces objets à jamais et pour toujours, mais à présent jete jetterai mes deux bottes et ma petite hache de pierre (ce qui fait trois)chaque fois que je te rencontrerai. Et ainsi feront tous les autres Hommesaprès moi. »Alors le Chien dit :« Attends une minute, il n'a pas conclu le marché avec moi ni avec tous lesautres Chiens après moi. »Puis il montra les crocs et dit :« Si tu n'es pas gentil avec le Bébé tant que je serai dans la Caverne pourtoujours et à jamais, je te poursuivrai jusqu'à ce que je t'attrape et quandje t'aurai attrapé, je te mordrai. Et ainsi feront tous les autres Chiensaprès moi.- Ah! dit la Femme tout ouïe. C'est un Chat très habile, mais il n'est pasaussi habile que le Chien. »Chat compta les crocs du Chien (et ils avaient l'air très pointus) et il dit:« Je serai gentil avec le Bébé tant que je serai dans la Caverne, pourvuqu'il ne me tire pas la queue trop fort pour toujours et à jamais. Mais jesuis encore le Chat qui va son chemin tout seul et pour moi tous lesendroits se valent.- Pas tant que je suis là, dit le Chien. Si tu n'avais pas dit ces derniersmots, j'aurais fermé ma gueule pour toujours et à jamais, mais à présent jete ferai grimper aux arbres chaque fois que je te rencontrerai. Et ainsiferont tous les autres Chiens après moi. »Alors l'Homme jeta ses deux bottes et sa petite hache de pierre (ce qui faittrois) sur le Chat, et le Chat s'enfuit en courant hors de la Caverne et leChien le fit grimper en haut d'un arbre ; et depuis ce jour jusqu'àaujourd'hui, ma Mieux-Aimée, trois Hommes sur cinq ne manqueront jamais dejeter des choses à un Chat chaque fois qu'ils en rencontreront un et tousles autres Chiens lui courront après pour le faire grimper aux arbres. Maisle Chat respecte lui aussi sa part du marché. Il tuera les souris et il seragentil avec le Bébé tant qu'il sera dans la maison, pourvu qu'il ne lui tirepas la queue trop fort. Mais lorsqu'il a fait tout ça et entre-temps, quandla lune se lève et que la nuit vient, il est encore le Chat qui va sonchemin tout seul et pour lui tous les endroits se valent. Alors il part dansles Bois Humides et Sauvages ou dans les Arbres Humides et Sauvages ou biensur les Toits Humides et Sauvages, en agitant sa queue sauvage et en s'enallant solitaire et sauvage.

vendredi 16 novembre 2007

Poesia popular, ou quase

Com um brilhozinho nos olhos
e a saia rodada
escancaraste a porta do bar
trazias o cabelo aos ombros
passeando de cá para lá
como as ondas do mar.
Conheço tão bem esses olho
se nunca me enganam,
o que é que aconteceu, diz lá
é que hoje fiz um amigo
e coisa mais preciosa no mundo não há.
Com um brilhozinho nos olhos
metemos o carro muito à frente,

muito à frente dos bois
ou seja, fizemos promessas
trocamos retratos
trocamos projectos os dois
trocamos de roupa,

trocamos de corpo,
trocamos de beijos,

tão bom, é tão bom
e com um brilhozinho nos olhos
tocamos guitarra p'lo menos a julgar pelo som
E que é que foi que ele disse?
E que é que foi que ele disse?
Hoje soube-me a pouco.
passa aí mais um bocadinho
que estou quase a ficar louco
Hoje soube-me a tanto
portanto,

Hoje soube-me a pouco
Com um brilhozinho nos olhos
corremos os estores
pusemos a rádio no "on"
acendemos a já costumeira
velinha de igreja
pusemos no "off" o telefone

e olha,
não dá p'ra contar

mas sei que tu sabes
daquilo que sabes que eu sei
e com um brilhozinho nos olhos
ficamos parados depois do que não te contei
Com um brilhozinho nos olhos
dissemos, sei lá
o que nos passou pela tola [o que nos passou pelo goto]
do estilo és o "number one"

dou-te vinte valores
és um treze no totobola [és o seis do meu totoloto]
e às duas por três
bebemos um copo
fizemos o quatro e pintámos o sete
e com um brilhozinho nos olhos
ficamos imóveis
a dar uma de "tête a tête"
E que é que foi que ele disse?...
E com um brilhozinho nos olhos
tentamos saber
para lá do que muito se amou
quem éramos nós
quem queríamos ser

e quais as esperanças
que a vida roubou

e olhei-o de longe
e mirei-o de perto
que quem não vê caras
não vê corações
com um brilhozinho nos olhos
guardei um amigo
que é coisa que vale milhões.
E que é que foi que ele disse?...

Sérgio Godinho, "Com um brilhozinho nos olhos"
In: 1981,"Canto da Boca"

The Truth Of Masks, a Note On Illusion


Being natural is simply a pose, and the most irritating pose I know
Oscar Wild, The Picture of Dorian Gray

... the illusion of truth for its method, and the illusion of beauty for its result. ... For in art there is no such thing as a universal truth. A truth in art is that whose contradictory is also true. ... The truths of metaphysics are the truths of masks.
Oscar Wild (1854-1900), The Truth Of Masks, a Note On Illusion.



dimanche 11 novembre 2007

Paul Ricoeur, philosophe de tous les dialogues

Nécrologie - Paul Ricoeur, philosophe de tous les dialogues
LE MONDE 21.05.05 13h56

Le philosophe Paul Ricoeur, âgé de 92 ans, auteur de "Temps et récit", est mort vendredi 20 mai, à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine).
Né à Valence (Drôme) le 27 février 1913 dans une famille de vieille tradition protestante, Paul Ricoeur perd ses parents alors qu'il est encore enfant. Pupille de la nation, il est élevé par ses grands-parents. C'est à son professeur de terminale, Roland Dalbiez (l'un des premiers, en France, à avoir écrit sur Freud), qu'il doit sa vocation philosophique. Devenu professeur à son tour après un travail de maîtrise sur "le problème de Dieu chez Lachelier et Lagneau" et après avoir été reçu à l'agrégation de philosophie, il est mobilisé en 1939. Fait prisonnier en mai 1940, il passe l'essentiel de la guerre dans un oflag en Poméranie. Après la Libération, il est nommé à l'université de Strasbourg où il enseigne de 1948 à 1957 : dix années qui, ainsi qu'il l'écrira plus tard dans son autobiographie, Réflexion faite (Seuil, 1995), demeurent "les plus heureuses de (sa) vie universitaire".
En 1957, il occupe la chaire de philosophie générale à la Sorbonne puis, en 1965, rejoint la toute jeune faculté des lettres de l'université de Nanterre, dont il devient doyen en 1969. Tout en faisant courageusement face à ses responsabilités administratives, Ricoeur, qui a déjà été choqué par Mai 68, vit assez mal les événements qui marquent les premiers mois de 1970 sur le campus de Nanterre, alors livré aux agissements de toutes sortes de factions violentes. Victime d'attaques injustes et même d'agressions physiques, déçu par l'incompréhension du gouvernement aussi bien que par l'impossibilité de moderniser les structures de l'enseignement supérieur français, il finit par démissionner de son poste de doyen (1970). Il s'exile alors pour trois ans à l'Université catholique de Louvain, avant de regagner Nanterre où il enseigne à nouveau jusqu'à sa retraite (1981).
Celle-ci lui permet de se consacrer plus intensément à sa seconde carrière, aux Etats-Unis, notamment à l'université de Chicago où, depuis le début des années 1970, il est invité chaque hiver. Il continue par ailleurs, jusqu'à la fin de sa vie, à consacrer une part importante de son temps à la Revue de métaphysique et de morale (qu'il a dirigée) ainsi qu'à l'Institut international de philosophie, et à recevoir de très nombreuses invitations émanant d'universités du monde entier (entre autres, plus de trente doctorats honoris causa).
Humaniste aux vastes connaissances, attentif à la littérature autant qu'aux sciences humaines (ainsi qu'en témoignent les textes réunis dans les trois volumes de Lectures publiés par le Seuil), voyageur ouvert à la culture anglo-saxonne aussi bien qu'à la tradition allemande, Paul Ricoeur est un homme difficile à enfermer dans une école ou un courant précis. Le christianisme, la phénoménologie, l'herméneutique, la psychanalyse, la linguistique et l'histoire ont, dans des proportions variables, contribué à la formation de sa pensée. Mais si celle-ci appartient, pour le dire vite, à la mouvance de l'existentialisme chrétien et du personnalisme, elle ne se laisse pas aisément réduire à un système.
Les premières influences qui s'exercent sur Ricoeur sont celles d'Emmanuel Mounier (1905-1950) et de Gabriel Marcel (1889-1973). Dès sa fondation par Mounier (1932), il devient un lecteur assidu de la revue Esprit, à laquelle il collaborera fréquemment après la guerre. Mais c'est d'abord chez Marcel que Ricoeur découvre le modèle d'une réflexion philosophique faisant une place centrale à la question religieuse sans pour autant renoncer à la rigueur conceptuelle. C'est grâce à Marcel, également, qu'il s'initie à partir de 1934 à la phénoménologie, en particulier à l'oeuvre d'Edmund Husserl ­ dont il traduit pendant ses années de captivité le premier volume des Idées directrices pour une phénoménologie pure (Gallimard, 1950) ­ et à celle de Karl Jaspers (1883-1969), auquel Ricoeur consacre son premier livre, Karl Jaspers et la philosophie de l'existence (Seuil, 1947), écrit en collaboration avec Mikel Dufrenne.
Puis, pour obtenir son doctorat tout en donnant à ses inquiétudes de chrétien préoccupé par le thème de la faute une réponse digne des exigences de la méthode phénoménologique, Ricoeur entreprend une vaste Philosophie de la volonté dont le premier tome (Le Volontaire et l'Involontaire) paraît en 1949, les deux suivants (L'Homme faillible et La Symbolique du mal) étant ultérieurement réunis sous un titre unique, Finitude et culpabilité (Aubier, 1960).
Au fil de ces trois volumes, les questions classiques dont part Ricoeur (comment peut-on vouloir le mal ? Qu'est-ce que la mauvaise foi ? Quel est le sens d'un acte involontaire ?) l'amènent peu à peu à explorer, derrière la couche superficielle de la conscience, les profondeurs de l'inconscient individuel aussi bien que celles de l'univers symbolique dans les termes duquel les grandes religions s'efforcent de penser le problème du mal. C'est ainsi qu'il rencontre simultanément psychanalyse et herméneutique.
A l'époque, ces deux disciplines d'origine germanique sont mal connues en France. De Friedrich Schleiermacher (1768-1834) à Hans-Georg Gadamer (1900-2002) en passant par nombre de théologiens protestants, l'herméneutique s'efforce d'appliquer les outils de l'exégèse biblique aux contenus de la philosophie morale. La psychanalyse, par d'autres voies, remet en question le narcissisme du cogito classique. De l'une comme de l'autre, ainsi que des travaux de son ami Mircea Eliade, Ricoeur retient l'idée que la réalité humaine est avant tout constituée de symboles dont le déchiffrement est en droit interminable. Et c'est cette intuition qu'il développe dans ses deux livres suivants ­ qui, sur le moment, ne sont pas toujours bien compris : De l'interprétation, essai sur Freud (Seuil, 1965) et Le Conflit des interprétations, essais d'herméneutique (Seuil, 1970).

vendredi 9 novembre 2007

Sur la route


Man Ray, Sur la route (Les Mystères du Chateau du De), 1929

Lee Miller

Notice Biographique









Man Ray, Lee Miller (Neck), 1930

Images of women, particularly the nude, dominate surrealist photography. Unlike conventional images of the female body, the use of unusual lighting and darkroom techniques emphasises their artificiality. The figure is often distorted and in several photographs in this selection, the head has been cropped out.
The capacity of desire to transform reality is evoked by images like Man Ray's Anatomies (1929), in which the angle of the model's tilted head and neck makes her flesh resemble an erect penis. The model is believed to be the photographer Lee Miller, Man Ray's lover. In her own photograph, Nude Bent Forward (c1931), Miller twins male and female form in a similar fashion.
in http://www.tate.org.uk/modern/exhibitions/surrealism/room5.htm


"What we all lack"

Man Ray, "What we all lack", 1935
(Clay pipe wth glass ball)

Ou...

A map of the world that does not include Utopia is not even worth glancing at.
Oscar Wilde

jeudi 8 novembre 2007

Alice Prin

Emmanuel Rudnitsky,
"Kiki behind a Giacometti Sculpture", 1924-1925
The sculpture is entitled "The Palace at 2 a.m." (or perhaps 4 a.m. in the final version).

mercredi 7 novembre 2007

Uma definição negativa de "Música"


Minha música não quer

Ser útil
Não quer ser moda
Não quer estar certa...
Minha música não quer
Ser bela
Não quer ser má
Minha música não quer
Nascer pronta...
Minha música não quer
Redimir mágoas
Nem dividir águas
Não quer traduzir
Não quer protestar...
Minha música não quer
Me pertencer
Não quer ser sucesso
Não quer ser reflexo
Não quer revelar nada...
Minha música não quer
Ser sujeito
Não quer ser história
Não quer ser resposta
Não quer perguntar...
Minha música quer estar
Além do gosto
Não quer ter rosto
Não quer ser cultura...
Minha música quer ser
De categoria nenhuma
Minha música quer
Só ser música
Minha música
Não quer pouco...

Adriana Calcanhotto, "Minha Música"
Album: A Fabrica do Poema, 1994

Younes's one minute films